Un dimanche matin sur la terre -2-

Publié le par SaLmiagondis


Il était quatre heures du matin, elle roulait depuis un quart d'heure sur la route de campagne. La tête lui bourdonnait à cause du bruit insupportable de cette mauvaise techno. Elle venait de passer six heures à s'occuper des vestiaires de la boite de nuit. Ce moment de solitude, sur le trajet, était pour elle un soulagement.
Il lui restait un autre petit quart d'heure pour arriver chez elle et elle avait du rallonger son itinéraire car la route principale était bloquée par un accident qui semblait important
La radio passait un morceau de punk rock et elle se mit à chanter à tue-tête pour se défouler des heures endurées à écouter la musique répétitive de la boite.
Devant elle, au loin, une voiture  qui avait déjà mis les feux de croisements arrivait . Elle baissa ses phares et se laissa aller confiante en direction de l'autre véhicule...........

Ce n'était pas les lumières d'une voiture.

Mais celle d'une ferme sur l'autre colline.

Il y avait là un virage et elle s'aperçût au dernier moment qu'elle venait de mordre la plate bande en allant tout droit.
Elle resta figée de stupeur.
La petite Fiat s'envola devant la lune, en silence.

Il lui sembla que cela durait une éternité, elle vit passer les branches des arbres près de la vitre.
Elle se sentait à la fois légère et pétrifiée. Paralysée.
Puis il y eut un grand choc, un bruit de bois brisé, un plouf amorti par quelque chose de spongieux. Elle se sentie projetée en avant et sa dernière vision fut le reflet de la lune, dans une goutte d'eau, sur le pare-brise, avant de cogner sa tête.
Ses yeux de figurine se vitrifièrent, grand ouverts, dans un air étonné.
Le silence se fit. Toutes les petites bestioles aux alentours restèrent immobiles, incrédules.

Quelques temps plus tard elle commença à distinguer les formes dans l'obscurité.
Elle vit sa voiture à demi enfoncée dans ce qui devait être une mare ou un grand fossé.
Elle ne réalisa pas tout de suite qu'elle était au moins cinq mètres au dessus.
Elle pensa qu'elle avait du être éjectée sur un arbre. Puis elle constata qu'il n'y avait rien en dessous, au dessus, ni autour d'elle.
Etait-elle encore en train d'être éjectée ? 
Non : elle était immobile...
Elle tendit les bras pour visualiser ses mains : elle paniqua lorsqu'elle ne vit........rien du tout !

Elle regarda à nouveau vers la Fiat et c'est là qu'elle aperçut, dans la lueur de la lune,  son corps, à l'intérieur.
Spontanément elle s'approcha contre la vitre du conducteur, sans se rendre compte qu'elle venait de se déplacer. Elle n'arrivait pas à y croire. 

Puis petit à petit elle se sentit plus sereine.
Elle su instantanément qu'elle venait de récupérer la connaissance suprême, perdue le jour de sa naissance. Elle compris qu'elle avait encore un peu de temps et elle s'éleva au dessus des arbres. Elle trouva le sentier de randonnée qu'elle avait souvent emprunté et elle pris conscience de chaque buisson, chaque arbre, chaque haie qui le bordaient avec ce sentiment fort et lucide de les voir pour la dernière fois.

Elle arriva près de la maison en briques rouges et elle se demanda un bref instant si elle allait parvenir à rentrer.
La simple pensée la déplaça à l'intérieur, dans le salon, près de la cheminée ou rougeoyaient encore des braises.
Elle regarda tous les objets qui avaient meublés sa vie : les souvenirs d'enfance, les derniers coups de coeur, les photos de familles, les meubles, les portes qu'elle avaient ouvertes et fermées des milliers de fois.
Puis, elle fixa l'escalier et elle monta mentalement les marches, unes à unes, en notant chaque détail : là un noeud dans le bois de châtaignier, ici un accroc fait le jour ou la vieille commode avait été montée dans la chambre, là encore une légère usure sur le rebord du palier.

Elle s'approcha de la porte de leur chambre et se laissa glisser de l'autre côté.
Son amour ne dormait pas, il commençait à s'inquiéter. Elle le voyait jeter des coups d'oeil furtifs vers les chiffres rouges du réveil électronique. Elle se pencha à quelques centimètres de ses yeux, de sa bouche. Il eut un sursaut et sembla paniquer intérieurement comme s'il avait pris conscience de quelque chose.  Elle se faufila entre ses cheveux, derrière ses oreilles, sur le bord de ses paupières pour essayer de sentir son odeur, sa chaleur. Puis avec un dernier regard plein d'amour, elle traversa le mur.

Son fils dormait tranquillement. Elle se plaça à quelques centimètres de ses narines pour capter son souffle et mentalement elle tenta de lui envoyer toutes les ondes positives et tous les voeux de bonheur possible, pour la vie qu'il avait à vivre. Elle réussit à l'envelopper dans un corps imaginaire pour ressentir à nouveau la sensation de sa présence à l'intérieur de son ventre.
Mais le temps était compté.

Elle repartie dans la campagne et revint vers son cadavre au bord de la petite mare. 

A ce moment là elle vit le lièvre à quelques mètres de la voiture, l'air intrigué et grave observant son visage dans la voiture. 

Lentement elle passa à travers la vitre et réintégra son cerveau.

Elle commença à voir le long tunnel et la lumière blanche...






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