Le reduve et l'entomologiste

Publié le par SaLmiagondis

L'observation du jardin et des insectes qui le peuplent est toujours riche en surprises et grace à internet et à la quantité d'information disponible, il est possible de voyager dans l'espace, dans le temps et de faire des rencontres passionnantes.

Ainsi, en m'attardant sur les fleurs de menthe sauvage visitées par les abeilles, les procris et les azurés, je vois une scène incroyable et il me faudra quelque temps pour identifier l'animal : un reduve pris dans la toile d'une petite araignée.

reduve

En continuant mes recherches j'aboutis sur un texte de Jean Henri Fabre, ce célèbre entomologiste aveyronnais.

Voici quelques lignes sur le chapitre consacré au reduve à masque extraites des "souvenirs entomologiques".

Reliées à d'autres descriptions je comprend que le reduve est un redoutable meutrier, ce qui rend encore plus étrange cette scène de capture.

 

"Ces appétits de buveur de sang font songer à la Punaise de nos lits, qui, de nuit, odieusement, explore le dormeur, choisit un point à sa convenance, le quitte pour un autre de meilleure exploitation et change encore de place, jusqu'à ce que, gonflée en grain de groseille, elle se retire aux premières lueurs du jour. Le Réduve aggrave la méthode : il engourdit d'abord sa victime, puis la tarit à fond. Le vampire imaginaire de nos contes arrive seul à ce degré d'horreur. "

 

Pour ceux qui souhaitent connaitre l'histoire complète de cette rencontre entre l'entomologiste et l'insecte voici le lien vers le reduve à masque ainsi que les observations, expériences et déductions qui donnent une idée du travail de Monsieur Fabre.

Il a vécu principalement au dix neuvième siècle et reste mal connu en France alors qu'il est au programme scolaire des écoles primaires au Japon. Il a aussi été félibre (poête occitan) et compositeur.

Voici un amusant poème sur la cigale et la fourmi ou l'un de nos célèbre fabuliste en prend pour son grade !

et voila l'accès à la version originale en occitan.

 

LA CIGALE ET LA FOURMI

I

Jour de Dieu, quelle chaleur ! Beau temps pour la cigale
qui, folle de joie, se régale
d'une averse de feu ; beau temps pour la moisson.
Dans les vagues d'or, le moissonneur,
reins ployés, poitrine au vent, travaille dur et ne chante guère :
dans son gosier, la soif étrangle la chanson.

Temps béni pour toi. Donc, hardi ! cigale mignonne,
fais-les bruire, tes petites cymbales,
et trémousse le ventre à crever tes miroirs.
L'homme cependant lance la faux,
qui continuellement oscille et fait rayonner
l'éclair de son acier sur les roux épis.

Pleine d'eau pour la pierre et tamponnée d'herbages,
la cuvette pendille sur la hanche.
Si la pierre est au frais dans son étui de bois.
si elle est sans cesse abreuvée,
l'homme halète au feu de ces coups de soleils
qui font bouillir parfois la moelle des os.

Toi, cigale, tu as une ressource pour la soif : dans l'écorce
tendre et juteuse d'un rameau,
l'aiguille de ton bec plonge et fore un puits.
Le sirop monte par l'étroite voie.
Tu t'abouches à la fontaine mieilleuse qui coule,
et du suintement sucré tu bois l'exquise lampée.

Mais pas toujours en paix, oh ! que non : des larrons,
voisins, voisines ou vagabonds,
t-ont vue creuser le puits. Ils ont soif ; ils viennent, dolents,
te prendre une goutte pour leurs tasses.
Méfie-toi, ma belle : ces vide-besace,
humbles d'abord, sont bientôt des gredins insolents.

Ils quêtent une gorgée de rien ; puis de tes restes
ils ne sont plus satisfaits, ils relèvent la tête
et veulent le tout : ils l'auront. Leurs griffes en râteau
te chatouillent le bout de l'aile.
Sur ta large échine, c'est un monte-descend ;
ils te saisissent par le bec, les cornes, les orteils ;

Ils tirent d'ici, de là. L'impatience te gagne.
Pst ! pst ! d'un jet d'urine
tu asperges l'assemblée et tu quittes le rameau.
Tu t'en vas bien loin de la racaille
qui t'a dérobé le puits, et rit, et se gaudit,
et se lèche les lèvres engluées de miel.

Or, de ces bohémiens abreuvés sans fatigue,
le plus tenace est la fourmi.
Mouches, frelons, guêpes, scarabées cornus,
aigrefins de toute espèce,
fainéants qu'à ton puits le gros soleil amène,
n'ont pas son entêtement à te faire partir.

Pour te presser l'orteil, te chatouiller la face,
te pincer le nez, pour courir
à l'ombre de ton ventre, vraiment nul ne la vaut.
La coquine prend pour échelle
une patte et te monte, audacieuse, sur les ailes ;
elle s'y promène, insolente, et va d'en haut, d'en bas.

II

Maintenant, voici qui n'est pas à croire.
Autrefois, nous disent les anciens,
un jour d'hiver, la faim te prit. Le front bas
et en cachette, tu allas voir,
dans ses grands magasins, la fourmi, sous terre.

L'enrichie au soleil séchait,
avant de les cacher en cave,
ses blés qu'avait moisis la rosée de la nuit.
Quand ils étaient prêts, elle les mettait en sac.
Tu surviens alors, avec des pleurs aux yeux.

Tu lui dis : "il fait bien froid ; la bise
d'un coin à l'autre me traîne
mourante de faim. A ton riche monceau
laisse-moi prendre pour ma besace.
Je te le rendrai, bien sûr, au beau temps des melons.

"Prête-moi un peu de grain." Mais, va,
si tu crois que l'autre t'écoute,
tu te trompes. Des gros sacs, tu n'auras rien de rien.
"File plus loin, va racler des tonneaux ;

Crève de faim l'hiver, toi qui chantes l'été !"
Ainsi parle la fable antique
pour nous conseiller la pratique
des grippe-sous, heureux de nouer les cordons
de leur bourses. — Que la colique
ronge les entrailles à ces sots!

Il m'indigne, le fabuliste,
quand il dit que l'hiver tu vas en quête
de mouches, vermisseaux, grains, toi qui ne manges jamais.
Du blé ! Qu'en ferais-tu, ma foi !
Tu as ta fontaine mielleuse, et tu ne demandes rien de plus.

Que t'importe l'hiver ! Ta famille
à l'abri sous terre sommeille,
et tu dors le somme qui n'a pas de réveil.
Ton cadavre tombe en loques.
Un jour, en furetant la fourmi le voit.

De ta maigre peau desséchée
la méchante fait curée ;
elle te vide la poitrine, elle te découpe en morceaux,
elle t'emmagasine pour salaison,
provision de choix, l'hiver, en temps de neige.

III

Voilà l'histoire véritable,
bien loin du dire de la fable.
Qu'en pensez-vous, sacrebleu !
— O ramasseurs de liards,
doigts crochus, bombées bedaines
qui gouvernez le monde avec le coffre-fort,

Vous faites courir le bruit, canailles,
que l'artiste jamais ne travaille
et qu'il doit pâtir, l'imbécile.
Taisez-vous donc : quand des lambrusques
la Cigale a foré l'écorce,
vous lui dérobez son boire, et puis, morte, vous la rongez

 

 

Je vous engage à visiter le site "Jean Henri Fabre, sa vie, son oeuvre" (d'ou sont extraits les deux textes de cet article). Vous y retrouverez l'intégralité des souvenirs entomologiques, ainsi que des poèmes et autres écrits et une biographie.

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